L’ EMDR pour traiter les traumatismes
Certains événements de la vie passent, mais laissent une marque qui continue de s’imposer dans votre quotidien, parfois même après des années.
Un événement difficile ne conduit toutefois pas nécessairement à un traumatisme psychique. Face à une même situation, les réactions peuvent être très différentes d’une personne à l’autre. Une agression peut en effet entraîner des symptômes psychotraumatiques chez certaines personnes, alors qu’elle ne provoquera rien chez d’autres. Ce sont donc moins les caractéristiques de l’événement, que ses répercussions durables sur la personne, qui comptent dans l’évaluation.
La thérapie EMDR peut aider à accompagner ces personnes dont le quotidien est perturbé par un événement passé. Mais comment fonctionne-t-elle ? Que se passe-t-il pendant une séance ? Pour qui est-elle réellement indiquée et que dit la science de son efficacité ? Faisons le point.
Qu’est-ce que l’EMDR ?
Déroulement d’une thérapie EMDR
Comment fonctionne l’EMDR sur les souvenirs traumatiques ?
Quand consulter ? Pour quels troubles ? Avec quel thérapeute?
Les études scientifiques sur l’EMDR
Quels résultats concrets attendre et après combien de séances ?
L’EMDR présente-t-il des risques ou des effets secondaires ? FAQ
L’EMDR, pour Eye Movement Desensitization and Reprocessing, que l’on peut traduire par désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires, est une psychothérapie développée à la fin des années 1980 par la psychologue américaine Francine Shapiro.
Elle est principalement utilisée lorsque des événements traumatogènes ont laissé une empreinte psychique, et continuent d’entraîner des difficultés ou des symptômes. Reconnue notamment dans la prise en charge du trouble de stress post-traumatique (TSPT), elle vise à aider la personne à retraiter des souvenirs qui restent particulièrement perturbants.
L’objectif n’est pas d’effacer ce souvenir, mais de réduire la détresse qu’il continue de provoquer, ici et maintenant, alors que l’événement est terminé : stress intense, anxiété, images envahissantes, cauchemars, évitement de certaines situations, hypervigilance ou réactions physiques et émotionnelles difficiles à contrôler (crises d’angoisse…).
Une thérapie qui associe souvenir et stimulations bilatérales
Pendant certaines phases de la thérapie, la personne est invitée à se concentrer sur un souvenir perturbant (images, émotions, pensées, sensations corporelles associées) tandis que le thérapeute utilise ce que l’on appelle une stimulation bilatérale alternée.
La forme la plus connue consiste à suivre des yeux les mouvements des doigts du thérapeute de droite à gauche. D’autres stimulations alternées, notamment tactiles ou auditives, peuvent également être utilisées lorsque les mouvements oculaires sont difficiles à réaliser ou déconseillés pour des raisons médicales. Ces modalités constituent des alternatives intéressantes et efficaces, même si les mouvements oculaires restent la forme de stimulation la plus étudiée.
Séance après séance, le travail thérapeutique vise à permettre au souvenir d’être retraité afin qu’il devienne moins envahissant et moins chargé émotionnellement. La personne conserve la mémoire de ce qu’elle a vécu, mais celle-ci peut progressivement perdre son caractère aussi perturbant.
Bien plus que « suivre un doigt des yeux »
Les mouvements oculaires sont l’élément le plus visible de l’EMDR, mais ils ne constituent pas à eux seuls la thérapie. L’EMDR repose sur un protocole psychothérapeutique structuré, en 8 étapes, qui comprend notamment l’évaluation de la situation, la préparation du patient, le travail sur les souvenirs ciblés et leur réévaluation.
C’est pourquoi l’EMDR ne se résume pas à une technique que l’on reproduit seul : l’accompagnement et le cadre thérapeutique font partie intégrante de la prise en charge.
EMDR, hypnose, psychothérapie, sophrologie : quelles différences ?
L’EMDR est parfois rapprochée de l’hypnose ou de la sophrologie, mais ces approches ne reposent pas sur les mêmes principes .
- L’EMDR est elle-même une psychothérapie, caractérisée par un protocole structuré qui associe notamment le travail sur des souvenirs ciblés à des stimulations bilatérales alternées.
- L’hypnose thérapeutique utilise un état de focalisation de l’attention et notamment des suggestions, des images mentales ou des métaphores pour accompagner le changement. Contrairement à l’EMDR, elle ne repose pas nécessairement sur le retraitement structuré d’un souvenir précis.
- La sophrologie utilise principalement la respiration, la relaxation, des mouvements corporels et la visualisation. Elle peut notamment aider à mieux gérer le stress et certaines émotions, mais elle n’est pas une psychothérapie de référence du trouble de stress post-traumatique.
Enfin, toutes ces approches peuvent parfois être complémentaires. Leur niveau de preuve et leurs indications ne sont toutefois pas équivalents.
En général, une séance dure 60 minutes à 1h30, afin de conserver suffisamment de temps pour le retraitement mais aussi pour terminer la séance dans de bonnes conditions. Chaque thérapeute adapte la durée de la séance, en fonction notamment de l’état de fatigue du patient. Les stimulations bilatérales alternées, qui activent certaines zones du cerveau, sont généralement assez fatigantes.
Avant le retraitement : comprendre et préparer
Le lien entre une expérience passée et les difficultés rencontrées aujourd’hui n’est pas toujours évident. Des crises d’angoisse, un stress intense dans certaines situations ou certaines réactions physiques peuvent, par exemple, apparaître ou persister sans que vous ne les associiez spontanément à une expérience antérieure.
Les phases précédant le retraitement d’un événement traumatique (préparation, évaluation) sont donc primordiales pour garantir une thérapie efficace et sécure pour la personne. Il arrive que je ne recommande pas le recours immédiat à l’EMDR, estimant que la personne n’est pas prête (dissociation, difficulté temporaire à être confrontée au souvenir…). Il y aura alors un travail préalable spécifique dans la phase de préparation, décrite plus bas, avant d’arriver au retraitement à proprement parler.
Un protocole de thérapie complet en 8 phases
Selon les situations, ces 8 phases sont plus ou moins étalées sur plusieurs rendez-vous. Il arrive que certains cas ne nécessitent que deux à trois séances quand d’autres, plus lourds, nécessitent qu’une seule des huit phases soit travaillée sur plusieurs séances. Chaque thérapie est unique, et nous avançons en fonction des réactions de chaque patient.
1. Histoire du patient et plan de traitement
Le thérapeute recueille l’histoire du patient, et ils identifient ensemble les événements traumatiques (appelés “la cible” en EMDR), pour construire le plan de traitement.
2. Préparation
Le thérapeute aide le patient à identifier et à pratiquer des techniques lui permettant de retrouver un sentiment de sécurité et d’apaisement, au cas où le travail sur les souvenirs se révélait perturbant (cohérence cardiaque, ancrage, création d’un lieu sécure…).
3. Evaluation
Cette phase intervient lorsque le thérapeute et le patient ont déjà identifié la situation précise qui va être travaillée. Le thérapeute ne demande pas simplement au patient de raconter son souvenir en détail. Il cherche à identifier les différentes composantes qui s’activent lorsque la personne se reconnecte à celui-ci.
Prenons l’exemple d’un cas où une personne consulte suite à un accident de voiture qui lui laisse des séquelles psychologiques impactant son quotidien (peur de conduire de nouveau par exemple). Le thérapeute va évaluer 7 éléments relatifs à ce souvenir:
| Élément évalué | Concrètement, le thérapeute recherche… | Exemple |
| Image | L’image, le son, l’odeur… ou le moment qui représente le mieux le souvenir difficile | « Je revois la voiture arriver sur moi. » |
| Cognition négative | Ce que la personne pense négativement d’elle-même lorsqu’elle se reconnecte au souvenir | « Je suis impuissant. » |
| Émotions | Les émotions déclenchées par le souvenir | Peur, impuissance |
| Sensations corporelles | Où et comment cette détresse se manifeste dans le corps | Gorge serrée, cœur qui accélère, tension dans le ventre |
| SUD (Subjective Units of Disturbance ) | L’intensité actuelle de la détresse provoquée par le souvenir, de 0 à 10 | 8/10 |
| Cognition positive | Ce qu’elle aimerait pouvoir croire d’elle-même aujourd’hui | « Maintenant, je suis en sécurité. » |
| VoC (Validity of Cognition) | À quel point cette pensée positive lui paraît vraie aujourd’hui, de 1 à 7 | « Je suis en sécurité » = seulement 3/7 |
4. Désensibilisation
Le thérapeute retraite le souvenir avec les stimulations bilatérales jusqu’à une diminution de la détresse associée (SUD=0)
5. Installation
Le thérapeute renforce et installe la cognition positive que le patient souhaite associer au souvenir, définie ensemble préalablement (VoC=7)
6. Scan corporel
Le thérapeute repère et retraite d’éventuelles sensations corporelles résiduelles
7. Clôture
Le thérapeute, à chaque fin de séance, s’assure que l’état du patient est suffisamment stable et donne des consignes entre les séances
8. Réévaluation
Au début de chaque nouvelle séance, le thérapeute vérifie les effets du retraitement et détermine la suite du travail
Vous restez conscient et maître de la séance
Contrairement à certaines idées reçues, l’EMDR ne vous place pas dans un état d’inconscience ou de perte de contrôle. Vous restez éveillé, pouvez parler et demander à interrompre les stimulations à tout moment.
À RETENIR : une séance d’EMDR ne consiste pas simplement à « raconter son traumatisme en suivant un doigt ». C’est une psychothérapie structurée, progressive et adaptée à la capacité de chacun à travailler sur des souvenirs difficiles, dans un cadre sécurisé
L’EMDR cherche à diminuer la charge émotionnelle liée à un épisode traumatique.
Solliciter le cerveau sur deux tâches à la fois
Pendant le retraitement (phase de désensibilisation de la thérapie), le patient se concentre brièvement sur certains éléments du souvenir tout en effectuant une seconde tâche, suivre des yeux les mouvements du thérapeute.
L’une des principales hypothèses scientifiques repose sur le fonctionnement de notre mémoire de travail, dont les capacités sont limitées. Cette double sollicitation pourrait progressivement rendre les images associées au souvenir moins vives et moins chargées émotionnellement. Des travaux expérimentaux et des revues systématiques soutiennent cette hypothèse, même si elle n’explique probablement pas à elle seule l’ensemble des effets de l’EMDR.
Le souvenir reste, mais il devient moins envahissant
Au fil du retraitement, la façon dont le souvenir est vécu peut ainsi évoluer. L’événement fait toujours partie de votre histoire, mais il peut être rappelé avec davantage de distance et déclencher moins de détresse, voire plus du tout.
À RETENIR: l’efficacité clinique de l’EMDR dans le trouble de stress post-traumatique est aujourd’hui mieux établie que son mécanisme d’action précis.
L’EMDR peut être envisagé lorsqu’un événement passé continue d’avoir des répercussions importantes sur le présent : souvenirs ou images envahissantes, cauchemars, anxiété, évitement de certaines situations, hypervigilance ou réactions émotionnelles et physiques difficiles à contrôler.
Mais toutes les personnes qui consultent ne se présentent pas en disant : « J’ai vécu un traumatisme ». C’est parfois un symptôme actuel (crises d’angoisse, peur devenue envahissante, troubles du sommeil, réaction disproportionnée face à certaines situations) qui conduit à consulter, sans qu’il n’y ait forcément conscience que ce symptôme puisse être lié à un événement passé traumatique. Le travail thérapeutique peut alors permettre d’explorer si certaines expériences passées participent à ces difficultés, sans présumer qu’un traumatisme en est nécessairement la cause.
Le trouble de stress post-traumatique : l’indication la mieux établie
C’est pour le trouble de stress post-traumatique (TSPT) que l’EMDR dispose des données scientifiques les plus solides.
Un TSPT peut apparaître chez une personne après avoir été confrontée à un événement traumatique : agression, violences, accident grave, catastrophe, guerre ou autre situation impliquant notamment une menace de mort ou de blessure grave.
L’EMDR fait aujourd’hui partie des psychothérapies recommandées dans sa prise en charge. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) la cite notamment parmi les interventions psychologiques à envisager chez l’adulte présentant un TSPT, avec un niveau de preuve qualifié de modéré.
A noter : vivre un événement traumatique ne signifie pas nécessairement développer un TSPT. Après une expérience difficile, certaines réactions de stress peuvent être normales et s’atténuer progressivement. On parle de TSPT lorsqu’un ensemble de symptômes caractéristiques persiste et entraîne une souffrance ou un retentissement significatif sur la vie quotidienne.
L’EMDR pour l’anxiété, les phobies et la dépression
L’EMDR est également utilisée dans la pratique pour accompagner d’autres difficultés psychologiques, en particulier lorsqu’elles semblent associées à des expériences de vie éprouvantes : anxiété, certaines phobies, dépression, deuils difficiles, événements médicaux vécus comme traumatisants (chimiothérapie…).
Il faut toutefois distinguer l’usage clinique du niveau de preuve scientifique. Les résultats concernant la dépression sont, par exemple, encourageants : plusieurs méta-analyses retrouvent une diminution des symptômes dépressifs. Mais les études restent moins nombreuses et parfois de qualité méthodologique limitée. L’EMDR n’a donc pas, pour la dépression, le même niveau de validation que pour le TSPT.
Quelle place pour l’EMDR dans les douleurs chroniques ?
C’est une piste particulièrement intéressante, mais qui demande beaucoup de nuance.
L’objectif n’est pas de considérer que la douleur serait causée par un traumatisme ou qu’elle serait « dans la tête ». Une douleur chronique est un phénomène complexe dans lequel peuvent interagir des mécanismes biologiques, neurologiques, psychologiques et sociaux.
Chez certaines personnes, un accident, une intervention médicale difficile, la peur d’avoir à nouveau mal ou d’autres expériences traumatiques peuvent cependant participer au vécu de la douleur. L’EMDR peut alors être envisagée en complément d’une prise en charge médicale adaptée, notamment pour travailler sur ces dimensions traumatiques ou émotionnelles.
À RETENIR : être utilisé en pratique ne signifie pas nécessairement être scientifiquement validé pour toutes les indications. C’est dans le traitement du TSPT que l’EMDR bénéficie aujourd’hui de la reconnaissance scientifique la plus solide.
Comment choisir son thérapeute EMDR ?
La mention « EMDR » ne suffit pas, à elle seule, pour choisir un thérapeute. La formation initiale du professionnel, sa formation spécifique à l’EMDR et son expérience du psychotraumatisme sont trois critères importants à vérifier.
En France, l’association EMDR France recommande notamment de s’adresser à un psychologue, psychiatre ou psychothérapeute reconnu par l’ARS, formé dans un cursus répondant aux standards d’EMDR Europe. L’association tient également un annuaire de praticiens répondant à ses critères de formation et de pratique. D’autres organismes (Cap au 180 par exemple) proposent des formations en EMDR, respectant le protocole officiel et sont complétées avec des séances de supervision de la pratique.
Les bonnes questions à poser avant de commencer
N’hésitez pas à demander au thérapeute quelle formation EMDR il a suivie, depuis combien de temps il pratique et s’il accompagne régulièrement des personnes présentant des difficultés similaires aux vôtres.
Mais les diplômes ne font pas tout. Le premier rendez-vous doit aussi vous permettre d’évaluer la relation thérapeutique. Vous devez pouvoir poser vos questions, exprimer vos limites et vous sentir écouté, sans être poussé à travailler immédiatement sur un souvenir que vous ne vous sentez pas prêt à aborder. Il est primordial de vous sentir en confiance et en sécurité avec le thérapeute.
Quelques signaux doivent inciter à la prudence
Méfiez-vous notamment d’un praticien qui promet une guérison en un nombre précis de séances, affirme pouvoir retrouver avec certitude l’origine cachée de vos symptômes ou minimise une détresse importante apparue pendant le travail.
Un professionnel sérieux doit au contraire pouvoir vous expliquer sa méthode, ses limites et adapter la prise en charge à votre situation.
En tant que psychologue, je considère l’EMDR comme une thérapie très efficace dans les cas de psychotraumatisme, mais il existe d’autres thérapies tout aussi, voire parfois plus, adaptées à la personne et à la situation, ou ne nécessitant pas de se confronter aussi directement à l‘événement traumatique. La thérapie MOSAIC est une de celles-là.
Chaque histoire est différente et chaque accompagnement doit l’être aussi. L’essentiel est d’avancer à votre rythme, sans chercher à forcer le processus. Parfois, le premier pas consiste simplement à comprendre que certaines réactions d’aujourd’hui peuvent avoir une histoire…
L’efficacité de l’EMDR est aujourd’hui bien établie dans le traitement du trouble de stress post-traumatique (TSPT). Elle a été évaluée dans de nombreux essais cliniques et fait partie des psychothérapies du traumatisme reconnues par plusieurs organismes de santé.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) considère ainsi l’EMDR, aux côtés des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) centrées sur le traumatisme, parmi les psychothérapies disposant du plus grand nombre de preuves d’efficacité dans le TSPT. Ses recommandations actualisées en 2023 incluent l’EMDR parmi les interventions à envisager chez l’adulte.
Au Royaume-Uni, le NICE (National Institute for Health and Care Excellence) recommande également l’EMDR chez l’adulte présentant un TSPT ou des symptômes cliniquement importants de TSPT, notamment plus de trois mois après un traumatisme non lié au combat.
EMDR ou TCC : une méthode est-elle meilleure que l’autre ?
Les données disponibles ne permettent pas d’affirmer que l’EMDR serait systématiquement supérieure aux autres psychothérapies centrées sur le traumatisme. Les comparaisons directes avec les TCC centrées sur le traumatisme ne montrent pas de différence suffisamment nette pour désigner une méthode comme universellement meilleure.
En pratique, plusieurs approches validées peuvent donc être proposées. Le choix dépend notamment de la situation clinique, de l’histoire du patient, de ses préférences et de l’expertise du thérapeute.
Une efficacité reconnue, et des études encore en cours
La reconnaissance scientifique de l’EMDR ne doit cependant pas être généralisée à toutes les difficultés pour lesquelles elle peut être proposée. Comme nous l’avons vu précédemment, le niveau de preuve varie considérablement selon les indications.
L’EMDR n’est donc ni une méthode expérimentale ni une thérapie « miracle ». C’est une psychothérapie dont l’efficacité est bien documentée pour le TSPT, tandis que son intérêt pour d’autres troubles continue à être étudié.
Les niveaux de preuves scientifiques aujourd’hui, selon les indications
| Situation | Utilisation de l’EMDR | Niveau actuel des preuves |
| TSPT | Indication majeure | 🟢 Solide / reconnue |
| Dépression | Possible, notamment lorsqu’un vécu traumatique est associé | 🟠 Encourageant mais moins établi que pour le TSPT |
| Troubles anxieux / phobies | Utilisée dans certaines situations | 🟠 Données encore hétérogènes ou limitées selon le trouble |
| Deuil | Peut être utilisée lorsque certains souvenirs restent particulièrement perturbants | 🟠 Données insuffisantes pour en faire une indication de référence |
| Douleurs chroniques | Approche complémentaire possible chez certains patients | 🟠 Prometteur mais encore limité |
Les premiers changements recherchés concernent surtout la façon dont le souvenir affecte le quotidien : diminution de la détresse, des réactions émotionnelles ou physiques, des évitements ou des souvenirs envahissants.
Peut-on ressentir une amélioration rapidement ?
Oui, certaines personnes constatent une évolution après quelques séances, voire après le retraitement d’un souvenir précis et ponctuel. Cependant, il est impossible de prédire à l’avance le nombre de séances dont une personne aura besoin.
Un événement traumatique unique et clairement identifié peut parfois nécessiter un travail relativement court. À l’inverse, lorsque les traumatismes sont répétés ou prolongés, notamment dans certaines situations de TSPT complexe (situation traumatisante répétée pendant l’enfance…), le travail peut nécessiter davantage de préparation et s’inscrire dans une prise en charge plus longue.
Il faut également compter les séances consacrées à l’évaluation et à la préparation. Nous l’avons vu, le travail de retraitement par stimulations bilatérales ne débute généralement pas dès le premier rendez-vous. La première phase de stabilisation est incontournable pour que la thérapie se déroule en toute sécurité et efficacement pour la personne.
Combien de séances faut-il prévoir ?
Il est très difficile de répondre à cette question et aucun thérapeute ne peut raisonnablement s’engager à un nombre précis de séances. Le NICE ((National Institute for Health and Care Excellence) indique par exemple que les protocoles recommandés pour le TSPT prévoient généralement 8 à 12 séances, parfois davantage, selon la situation.
Ce chiffre constitue un repère issu des protocoles thérapeutiques, et non une promesse de résultat. Le rythme doit être adapté à chaque personne et régulièrement réévalué avec le thérapeute.
L’EMDR est généralement bien toléré lorsqu’il est pratiqué dans un cadre adapté. Mais travailler sur des souvenirs difficiles peut temporairement faire remonter des émotions, des sensations physiques ou des images désagréables. Une séance n’est donc pas nécessairement confortable, même lorsqu’elle est bénéfique à terme.
Que peut-on ressentir pendant ou après une séance ?
Pendant le retraitement, certaines personnes peuvent ressentir une augmentation passagère de l’anxiété, de la tristesse, de la colère, ou encore de certaines sensations corporelles. Après la séance, fatigue, émotions plus présentes, rêves inhabituels ou nouveaux souvenirs associés au travail effectué peuvent également survenir.
Ces réactions ne signifient pas nécessairement que la thérapie se passe mal. Au contraire, elles signifient que le cerveau est en train de travailler pour retraiter les souvenirs douloureux, que quelque chose s’est remis en mouvement. Elles doivent néanmoins être signalées au thérapeute si elles deviennent importantes, persistent, ou perturbent fortement votre quotidien.
Pourquoi la préparation est-elle importante ?
L’EMDR ne consiste pas à confronter brutalement une personne à ses souvenirs. Avant le retraitement, le thérapeute évalue la situation et s’assure notamment que le patient dispose de ressources suffisantes pour tolérer et réguler les émotions susceptibles d’émerger.
Certaines situations cliniques complexes peuvent nécessiter davantage de préparation, une adaptation du protocole ou une prise en charge coordonnée avec d’autres professionnels. Le rythme doit toujours pouvoir être ralenti et une séance interrompue si nécessaire.
Peut-on pratiquer l’EMDR seul ?
L’EMDR repose sur un protocole thérapeutique structuré et le travail sur un souvenir traumatique peut faire émerger des émotions difficiles. Il est donc préférable d’effectuer ce travail avec un professionnel formé à l’EMDR, capable de vous accompagner, d’adapter la séance à vos réactions et de l’interrompre si nécessaire.
En pratique, vous pouvez vous adresser à un psychiatre, un psychologue ou un psychothérapeute formé à l’EMDR. Certains médecins peuvent également avoir suivi une formation spécifique à cette approche.
À RETENIR : l’EMDR peut être émotionnellement éprouvante et provoquer des réactions transitoires. Cela ne doit pas être banalisé. Un accompagnement adapté, une préparation suffisante et le respect du rythme du patient sont essentiels pour limiter les difficultés et ajuster la thérapie si nécessaire.
FAQ
L’EMDR peut-il faire remonter des souvenirs oubliés ?
Oui, cela peut arriver. Au cours du retraitement, un souvenir, une image ou une sensation qui n’était pas spontanément accessible auparavant peut parfois réapparaître. Le travail sur un souvenir peut en effet en réactiver d’autres qui lui sont associés.
Pour autant, lorsqu’un souvenir émerge pendant une séance, il ne faut pas en conclure qu’il constitue nécessairement une représentation exacte d’un événement passé. Notre mémoire est reconstructive : elle peut évoluer et être influencée. Le rôle du thérapeute est donc d’accueillir ce qui apparaît sans suggérer ni chercher à reconstruire un événement qui ne serait pas clairement remémoré.
L’EMDR n’a pas pour objectif de rechercher des souvenirs enfouis.
Pourquoi est-on fatigué après une séance d’EMDR ?
Une séance d’EMDR peut être émotionnellement et mentalement éprouvante. Se reconnecter à un souvenir difficile, aux émotions et aux sensations corporelles qui l’accompagnent demande une attention soutenue et peut laisser une sensation de fatigue après la séance.
Cette fatigue est généralement transitoire et varie beaucoup d’une personne à l’autre. Si elle est particulièrement importante, persiste ou s’accompagne d’une détresse inhabituelle, mieux vaut en parler au thérapeute afin qu’il puisse adapter le rythme du travail.
Peut-on faire de l’EMDR seul ?
Faire des mouvements oculaires ou des tapotements alternés seul ne revient pas à pratiquer une thérapie EMDR. L’EMDR repose sur un protocole psychothérapeutique structuré : identification des souvenirs à travailler, préparation, évaluation des réactions, retraitement et réévaluation qui nécessitent d’être accompagné par un professionnel formé.
De plus, le travail sur certains souvenirs peut provoquer des émotions intenses. Il est donc préférable qu’il soit réalisé avec un professionnel, capable d’adapter ou d’interrompre le travail si nécessaire.
Quelle différence entre l’EMDR et l’hypnose ?
L’EMDR et l’hypnothérapie peuvent être utilisées pour certaines problématiques communes, notamment lorsqu’une expérience passée continue d’avoir des répercussions émotionnelles dans le présent. Mais leurs méthodes diffèrent.
L’EMDR suit un protocole structuré associant notamment le travail sur des souvenirs ciblés à des stimulations bilatérales alternées. L’hypnothérapie, quant à elle, s’appuie davantage sur la focalisation de l’attention et la guidance du thérapeute, notamment à travers des suggestions, des images mentales ou des métaphores..
Leur niveau de preuve diffère également selon les indications : pour le trouble de stress post-traumatique (TSPT), l’EMDR bénéficie aujourd’hui de recommandations et de données scientifiques plus solides que l’hypnose.
Peut-on faire de l’EMDR en visio ?
Oui, des séances d’EMDR peuvent être réalisées à distance. Le thérapeute adapte alors les modalités de stimulation bilatérale au format vidéo.
La visio n’est cependant pas adaptée à toutes les situations. Le thérapeute doit notamment s’assurer que la personne peut gérer les émotions susceptibles d’apparaître et qu’elle dispose d’un environnement suffisamment calme, confidentiel et sécurisant pendant la séance. La pertinence du distanciel doit donc être évaluée au cas par cas.
L’EMDR est-il remboursé ?
En France, ce n’est pas l’EMDR en tant que technique qui détermine le remboursement, mais le professionnel consulté et le cadre de la consultation.
Une consultation avec un psychiatre peut être prise en charge par l’Assurance Maladie selon les règles habituelles. Les consultations auprès de certains psychologues peuvent également être prises en charge dans le cadre de dispositifs conventionnés, sous certaines conditions. Hors de ces dispositifs, certaines complémentaires santé proposent un forfait pour les consultations de psychologie.
Avant de commencer un suivi, renseignez-vous auprès du thérapeute et de votre complémentaire santé sur les modalités de prise en charge.
Sources scientifiques :
- Organisation mondiale de la Santé — PTSD: psychological interventions, recommandations actualisées 2023. https://www.who.int/teams/mental-health-and-substance-use/treatment-care/mental-health-gap-action-programme/evidence-centre/conditions-related-to-stress/posttraumatic-stress-disorder-%28ptsd%29–psychological-interventions—adults
